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L'oligarchie des incapables : incompétence et lâcheté

 

L'oligarchie des incapables : incompétence et lâcheté

Vidéo dénichée sur le blog de L'Indigné http://l-indigne.skyrock.com/

Sophie Coignard, auteure avec avec Robin Gubert : " l’oligarchie des incapables " répondait aux questions de France Info le 5 janvier 2012.


 

L’oligarchie des incapables - Sophie Coignard par rikiai

 

le texte de l'interview à la suite>

 

Ils sont haut-fonctionnaires, ministres, grands patrons, journalistes, ils se partagent quelques centaines de postes et ils forment un tout petit monde. Bonjour Sophie Coignard

 Sophie Coignard : Bonjour Jean Leymarie.

Jean Leymarie : Ce tout petit monde, c’est ce que vous appelez « l’oligarchie des incapables ». C’est le livre que vous publiez aujourd’hui chez Albin Michel avec Romain Gubert. Un monde sur lequel vous avez enquêté, des dizaines d’exemples... Quel est le point commun entre tous ces dirigeants politiques et économiques ?

Sophie Coignard : Leur point commun c’est d’abord qu’ils cumulent beaucoup de privilèges que ni vous, ni moi, ni les auditeurs qui nous écoutent, dans leur grande majorité, n’en bénéficient pas.

 

Ça commence où ses privilèges ?

 

Leurs privilèges c’est par exemple déjà une sorte de carré VIP si vous voulez. C’est-à-dire que les Français savent bien qu’on a des difficultés pour avoir accès à de bonnes écoles, un bon hôpital quand on est malade, on peut avoir des problèmes avec le fisc, tout ça n’existe pas dans « l’oligarchie des incapables ». C’est-à-dire que vous avez une sorte de coupe-fil pour aller dans le meilleur hôpital, vous téléphonez au recteur et hop ! vous avez une place dans un bon lycée pour votre enfant. Vous avez un problème, il y a une cellule fiscale à Bercy qui va traiter de manière personnalisée absolument tous vos problèmes. Par exemple, on sait que des gens comme Arnaud Lagardère ou Karl Lagerfeld  ont bénéficié des services de cette cellule où on s’occupe des VIP, c’est-à-dire de l’oligarchie.

 

Autre point commun selon vous, dans cette oligarchie, ces hommes et ces femmes se servent de l’État. Autrement dit, ils mélangent leurs intérêts et l’intérêt général - avec des aller-retour, d’ailleurs, entre l’intérêt général et leurs intérêts privés.

 

Oui, on a par exemple remarqué que quand la crise est arrivée en a créé un fond souverain pour investir soi-disant dans les PME, dans les entreprises innovantes etc. Et puis, quand on a enquêté, on s’est aperçu que cet argent sert de temps en temps à des chose un peu plus bizarre.

 

Par exemple ?

 

Par exemple : je pense que les Français ignorent qu’ils sont propriétaires aujourd’hui d’une partie d’une maison de disques. C’est la maison de disques de Carla Bruni, ça tombe bien, qui s’appelle Naïve, et dans laquelle la Caisse des Dépôts a investi de l’argent pour essayer de consolider cette entreprise. Quel mal à ça, eh bien on a découvert que, à l’intérieur de la Caisse des Dépôts, les experts, les auditeurs ne voulaient pas qu’on investisse par ce que cette entreprise n’allait pas très bien. 

 

Mais  vous pensez que Carla Bruni est intervenue dans cette affaire ?

 

Mais c’est même pas la peine ! Je ne pense pas du tout ça ! Je ne pense pas qu’elle soit intervenue. Je pense que dans l’oligarchie, on ne dit pas forcément les choses, c’est-à-dire qu’effectivement on va plus facilement aider les amis des amis, ou les amis de la Reine, par exemple.

 

Et puis pour tout vous dire, de temps en temps, on met un coup de pouce. Par exemple, Luc Besson avait envie de faire une Cité du Cinéma. Et puis, la Caisse des Dépôts, encore elle, ne voulait pas mettre trop d’argent - et même pas d’argent du tout  - dans un projet qu’elle estimait complètement aventureux pour les deniers, encore une fois, du public. La Caisse des Dépôts ça regroupe l’argent des caisses d’épargne, c’est-à-dire le livret A des Français. Eh bein, aujourd’hui, il y a Claude Guéant qui a téléphoné au patron de la Caisse des Dépôts pour l’obliger à investir dans cette Cité du Cinéma. On s’est demandé avec Romain Gubert si c’était vraiment une bonne idée, en période de crise, que l’Élysée s’intéresse à des choses aussi futiles.

 

Est-ce que tout ça ça fait une oligarchie ? Oligarchie c’est quand même un mot très fort. On pense aux oligarques russes, à des gens qui naviguent dans des eaux troubles comme ça. C’est ça le pouvoir français ?

 

Eh bien effectivement, il y a un peu plus de 20 ans, j’avais écrit un livre qui s’appelait la nomenklatura française, en référence justement au monde soviétique à l’époque.  Les nomenklaturistes de l’Union Soviétique sont devenues des oligarques. En France les nomenklaturistes français sont aussi devenus des oligarques. C’est-à-dire : ils sont peu nombreux, ils ont beaucoup de pouvoir, ils se servent de l’État à leur profit, c’est-à-dire qu’ils sont un peu incapables quand il s’agit de l’intérêt général mais très compétents pour leurs intérêts particuliers. Ils cumulent les privilèges et ils ont découvert avec frénésie la cupidité et l’argent.

 

Mais Sophie Coignard, ça n’est pas nouveau ! Vous parlez de privilèges. Privilèges c’est un vieux mot, un mot employé à l’époque de la révolution française. Qu’est-ce qui est nouveau finalement ?

 

Alors si, justement, je pense qu’il y a beaucoup de choses qui sont nouvelles. Ce qui est nouveau c’est la situation de la France. C’est-à-dire qu’on a aujourd’hui, et vous le savez, par exemple un solde déficitaire du commerce extérieur comme on n’a jamais eu. On a le problème de la dette. On a le chômage. Enfin les Français savent de quoi il s’agit. Et on a une classe politique qui est de plus en plus loin de ces choses-là.

 Mais vous parlez de cupidité ?!

 

Mais bien sûr de cupidité. Quand les patrons du CAC 40 voient leurs profits divisés par cinq -  c’est le cas chez AXA par exemple - et que, les rémunérations du PDG continuent d’augmenter, c’est ce qui s’appelle de l’impunité. La majorité des gens ne sont pas soumis à ces règles là. Ils sont soumis à des règles beaucoup plus dures. Et d’une manière générale, vous me disiez c’était pareil avant, non c’était pas tout à fait pareil autrefois. Il y avait moins d’impunité; et puis je pense qu’il y avait moins de voyous qui intervenaient dans les affaires de la République, comme on le raconte dans notre livre.

 

 L’argent a pris une place considérable et la volonté de gagner de l’argent de plus en plus assumée. À droite et à gauche d’ailleurs…

 

Oui, alors évidemment… Je pense que cette absence de complexes, à droite comme à gauche vis-à-vis de l’argent…

 

 Parce qu’on peut vouloir gagner de l’argent et faire des affaires…

Bine spu et c’est très bien : Ce n’est pas le fait de gagner l’argent qui pose problème. C’est cette espèce de déconnexion entre d’une part la compétence et les résultats, et d’autre part la rémunération. Les incapables, pour moi et pour Romain Gubert, ce sont les gens qui gagnent beaucoup d’argent en faisant mal leur travail

 

Et quand ils se trompent, quand ils font des erreurs, quand ils échouent, ils sont récompensés tout de même.

 

Bien sûr. Aujourd’hui on a 1000 exemples. Prenons celui  du patron de Dexia - Dexia dans lequel l’État a recapitalisé à hauteur de 87 milliards d’euros , c’est quand même très important, eh bien ce monsieur pense, par exemple, devenir directeur général de la fameuse Caisse des Dépôts dont on parlait tout à l’heure. Après avoir fait perdre tant d’argent à l’État est-ce que c’est vraiment une bonne idée que de continuer à se promouvoir ? Il y a tellement d’exemples où ça s'est passé comme ça. L’ancien patron l’AFSSAPS, celui qui a pendant des années ignoré le problème du Mediator, l’agence du médicament, eh bien ce directeur général qu’est-ce qu’il est devenu ? Secrétaire général de l’éducation Nationale. Voilà un secteur où effectivement on connaît de grandes difficultés. Est-ce que vraiment il méritait ce genre de promotion dans un ministère où on a besoin de grandes compétences justement ?

 

Dans votre livre vous mettez encore beaucoup de noms et notamment Alain Minc, qui vous répond dans les colonnes du Point et qui dit « tiens Sophie Coignard, Romain Gibert, vous épargnez beaucoup les journalistes. »

 

Il n’a pas dû lire jusqu’au bout mon livre parce qu’il y a un chapitre entier qui est consacré aux journalistes. Et je crois que je ne vais pas me faire que des copains parce qu’on raconte quelques histoires qui ne vont pas plaire à tout le monde.

 

 Mais Alain Minc dit qu’on ferait bien d’aller regarder à l’étranger. La France est finalement un pays plus beaucoup vertueux quand on regarde aux États-Unis par exemple, quand on regarde le poids des lobbies aux États-Unis…

 

D’abord aux États-Unis les lobbies ont un poids très fort. On peut tout à fait les critiquer. Mais au moins ils agissent à visage découvert. Ils sont obligés de s’enregistrer, comme vous le savez, et d’agir, comment dirais-je... , de manière publique. On s’est amusé avec Romain à regarder comment ça se passait en France. Quand vous regardez les registres qui sont tenus par l’Assemblée Nationale ou par le Sénat, des voyages, des avantages des députés et des sénateurs, vous vous apercevez que personne, personne,  personne ne s’enregistre, ne publie les voyages ou les avantages qu’ils retirent des lobbies.

 

 Sophie Coignard, votre slogan c’est tous pourris ?

 

Pas du tout ! mon slogan c’est pas "tous pourris". D’ailleurs on raconte dans le livre des histoires de gens qui se battent contre cette oligarchie. C’est pas "tous pourris". Moi ce que je voudrais c’est que aujourd’hui, les candidats à la présidentielle, prennent ce sujet à bras-le-corps, acceptent d’en parler et que l’élite ouvre les yeux sur ses turpitudes.

Sophie Coignard avec Robin Gubert : « l’oligarchie des incapables », enquête fouillée chez Albin Michel.

 

> texte de l'interview sur kirk.fr

 

 

Sophie Coignard, co-auteur de L'Omertà française, dont les enquêtes font trembler le monde politique, et Romain Gubert, journaliste au Point, nous révèlent vingt ans de compromissions et d'affaires cachées qui ont permis à une caste de maintenir son règne malgré ses échecs répétés. En toute impunité. (Albin Michel)

 

 

Globalia de Jean Christophe Ruffin

« Pour résoudre définitivement la question sociale, il(s) propose(nt) de partager l'humanité en deux parts inégales. Un dixième obtiendra la liberté absolue et une autorité illimitée sur les neuf autres dixièmes qui devront perdre leur personnalité et devenir en quelque sorte un troupeau Dostoievski ( Les possédés p 401) .. »

 

 

 

 Cela ressemble au scénario de Globalia de Jean Christophe Ruffin . Au sortir de la seconde guerre mondiale, et la guerre froide : des dirigeants d'entreprises ont décidé de créer des marchés communs, ou certes un semblant de liberté parfaite ...Mais avec un prix très cher

 

Dans Globalia ( rassemblant différents pays ayant adhéré à l'idéologie capitaliste et consumériste, rassembler dans un unique super marché commun les individus se voient privés de toute veillité de réflexion, de la perte de leur âme ( d'anniler toute volonté de liberté collective : la perte des utopies) contre un minimum de sécurité financière ( remplacer par le plaisir individuel, le plaisir lié a la société de consommation) les individus se voient privés de toute veillité de réflexion, de la perte de leur âme ( d'anniler toute volonté de liberté collective : la perte des utopies) contre un minimum de sécurité financière ( remplacer par le plaisir individuel, le plaisir lié a la société de consommation 

 

Rencontre avec Jean-Christophe Rufin, à l'occasion de la parution de Globalia http://www.gallimard.fr/catalog/entretiens/01050269.htm



23/05/2012
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